La nuit noire de l’âme

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Ma nuit noire de l’Âme… par Caroline Blanco

Il y a longtemps que je ne donne plus de nouvelles que ce soit sous forme d’articles, de web-conférences ou via la newsletter. Vous êtes en droit de vous demander pourquoi et c’est à cette question que je voudrai répondre.

Pendant presque 10 mois, j’ai vécu ce que l’on appelle plus communément « une nuit noire de l’âme ». Cela a été très éprouvant sur le plan psychique et je ne me sentais plus en état de partager quoi que ce soit et encore moins ce qui me traversait.

Je ne peux pas vous donner par écrit tous les détails de ce par quoi je suis passé et c’est pour cette raison que je me suis tournée vers Stéphane afin de proposer une vibra-conférence sur ce sujet. À travers mon témoignage, j’espère pouvoir aider ceux qui sont peut-être aussi en train de vivre cette expérience à y voir plus clair.

Ce que j’ai vécu c’est avant tout un processus de déconditionnement et de dissolution de mes mémoires. Je ne suis pas en train de vous dire que je suis devenue ce qu’on appelle « un être éveillé », non loin de là, mais je suis chaque jour un peu plus en train de goûter à la conscience hors du mental.

Ce processus avait déjà été enclenché avant, mais à travers ma nuit noire c’est un grand nettoyage qui a pris place. Une grande partie des mémoires émotionnelles, des croyances et des peurs les plus profondes sont remontées à la surface pour pouvoir être lâchées totalement.

Énormément d’identifications et de définitions de « moi » ont étés bousculées pour être vues comme étant illusoires et infondées. Mes connaissances et mes compréhensions intellectuelles ont étés déconstruites et c’est donc une grosse partie des fondements de ma personne qui se sont écroulés petit à petit durant ces 10 mois.

Le coup de grâce à eu lieu il y a quelques jours lors d’une retraite organisée par Quentin Disneur. Une de mes mémoires qui résistait à ce changement a fini par céder face à la douceur et l’amour que j’ai rencontré.

Depuis, une ouverture a vraiment pu voir le jour et une confiance a donné naissance à une paix et à une détente incroyable. Il reste encore des pensées, des schémas mentaux et des attachements, le travail est loin d’être finit, mais la dissolution se fait désormais avec une telle légèreté! Ils sont accueillis dans une confiance totale de ce qui est et de ce qui me porte.

Je sais que cette mutation que je vis n’est que le début d’une profonde transformation, mais ce qui a besoin d’être encore intégré demande chez moi à être partagé. L’expérience par laquelle la conscience va s’éveiller à elle-même s’exprime chez moi par le partage et par la reconnaissance de ce que je suis à travers les autres. Ceux-là même qui viendront vers moi sont certainement ceux qui font aussi l’expérience de se reconnaître eux-mêmes à travers moi.

Tout est toujours parfait !

Voir la vidéo de Caroline Blanco


La nuit noire de l’âme – Un article d’Aurélie Aimé

Quelle est cette étrange expérience méconnue, qui semble pourtant toucher beaucoup d’entre nous ?

La « nuit noire de l’âme » est une expérience peu connue, et qui serait pourtant très répandue, en témoignent les nombreux récits sur le sujet. Elle se caractérise par une perte profonde de sens, sur notre vie et nos croyances ; une sorte de « dépression » de l’âme, qui plonge au cœur de nos peurs les plus profondes, et prépare à une véritable transformation intérieure. L’égo se meurt, le « vrai soi » s’éveille…

Ce sentiment de désolation spirituelle a été largement relaté à travers les siècles. Dans les écoles des mystères de l’Égypte antique, on essayait de le créer artificiellement, pour tenter d’atteindre un éveil « en accéléré ». Enfermé dans un sarcophage, l’expérimentateur était confronté à ses peurs intimes : l’obscurité, la solitude, la mort. Après quelques jours, le sarcophage était ouvert. Les survivants avaient réussi l’initiation. Dans la mythologie, on retrouve d’autres récits similaires, parfois appelés « voyage au bout de la nuit » ou encore « descente aux enfers ». Quelle est cette étrange expérience méconnue, qui semble pourtant toucher beaucoup d’entre nous ?

Le premier à avoir utilisé l’expression est le mystique Jean de la Croix, au XVIème siècle, dans son livre « La nuit obscure ». Les récits de nuit noire ont de nombreux dénominateurs communs. Elle touche très souvent des personnes qui cheminent, par le biais du développement personnel ou de la spiritualité, et qui pensent avoir trouvé une forme de vérité, de sérénité. Selon Jean de la Croix: « Plus les choses divines sont en soi claires et manifestes, plus elles sont naturellement obscures et cachées à l’âme. Il en est ici comme de la lumière naturelle : plus elle est claire, plus elle éblouit et obscurcit la pupille du hibou ; plus on veut fixer le soleil en face, et plus on éblouit la puissance visuelle et on la prive de lumière (…). De même quand cette divine lumière de la contemplation investit l’âme qui n’est pas encore complètement éclairée, elle produit en elle des ténèbres spirituelles. »

Ainsi, à l’image des premiers rayons de soleil qui viennent réchauffer la terre et chassent la pénombre, la nuit noire de l’âme crée une dynamique, un mouvement de vie, elle génère un changement en profondeur. Pour Fanny, une consultante en webmarketing âgée de 28 ans, « ça a commencé après un épisode extrêmement fort, ou j’avais le sentiment d’avoir atteint l’éveil, et d’avoir trouvé ma place. Puis ce sentiment s’est évanoui. Et toutes mes peurs sont ressorties. J’ai pensé que je serais comme ça toute ma vie, dans une tristesse, une colère omniprésente. Je me suis désintéressée de mon cheminement spirituel. J’ai eu l’impression que tout ce que j’avais appris était « n’importe quoi ».

Lors de la nuit noire, les personnes se rendent compte, et ressentent dans leur corps que tout ce qu’elles pensaient savoir, et qui était fabriqué par le mental, est erroné. Sans préambule, tout s’écroule. La paix apparente laisse alors place à une déprime profonde, un sentiment de vide qu’aucune activité ne trompe, qu’aucune lecture ou séance chez le psy ne semblent soulager. Selon Eckhart Tolle, qui raconte son expérience de nuit noire sur son site, ce sentiment a un sens précis, le retour « à un état d’ignorance où les choses perdent la signification que vous leur aviez donnée et qui était seulement conditionnelle, culturelle, etc. Vous pouvez alors regarder le monde sans imposer un cadre de signification fabriqué par le mental (…). C’est pourquoi c’est si angoissant quand cela vous arrive effectivement plutôt que de l’adopter vraiment consciemment. »

Thierry Pasquier, un docteur en pharmacie, a vécu cette traversée durant 23 ans. Dans sa 33ème année, alors patron d’un restaurant végétarien, créateur d’un éco village et professeur de Kundalini Yoga, son monde s’effondre. Sa voiture rend l’âme, ses deux chats meurent, sa femme le quitte avec l’un de ses enfants, sa maison est réduite en cendres par un incendie. Il comprend un peu plus tard qu’il traverse une nuit sombre de l’âme. Selon lui, elle serait le résultat « d’une déchirure que nous faisons entre nos vieilles habitudes cellulaires et un autre état d’âme lumineux dont nous n’acceptons pas encore l’intensité ».

Dans le cas de la nuit noire, l’obscurité peut se révéler de l’intérieur, sans forcément de cause extérieure connue, comme dans le cas de Thierry. Nous sommes confrontés brutalement aux racines de nos vieux fardeaux émotionnels, à nos peurs les plus profondes, dont certaines que nous n’avions même pas identifiés. Tant que nous n’avons pas vu nos peurs en face, le mental tourne en rond, l’égo est renforcé, un concept intellectuel en chasse un autre, mais aucun n’est réellement intégré par l’expérience du corps.

Heureusement, cette période initiatique ne dure qu’un temps. Les peurs auxquelles nous sommes confrontées, très intimes, sont souvent bien supérieures à tout ce que nous avions connu, à la limite du soutenable. Tant que nous nous identifions à elles, le jeu de l’égo est entretenu, et elles sont alimentées. Thierry Pasquier raconte comment il a déjoué ce cercle pernicieux : « la meilleure chose à faire pour moi était de lâcher-prise sur la souffrance, sur ce qui était là. Juste observer la souffrance, sans mettre un couvercle dessus, ni la faire bouillir en mettant sous la marmite le feu du mental: « comme je suis nul, je tourne en rond, je n’arriverai à rien, j’ai gâché ma vie, je ne change pas malgré mes efforts, etc. » Simplement laisser pleurer le corps, le temps que ça dure, une heure, une journée, une semaine. » Ainsi, on se désidentifie de notre souffrance, on voit émerger notre « vrai » nous, notre « âme ». On reprendre le pouvoir que l’on a donné à notre peur. Tout comme dans le processus de deuil- celui de notre égo négatif -, le déni puis la dépression laissent place à l’acceptation.

Heureusement, cette période initiatique ne dure qu’un temps. Fanny raconte : « J’ai commencé à m’en sortir le jour ou j’ai touché le fond. C’était de mon anniversaire, j’ai passé la journée sur le canapé, les yeux dans le vide. Après plus de deux années dans cet état, je n’en pouvais plus. J’ai compris qu’il fallait que je m’abandonne, que je ne pouvais rien faire d’autre. Et le lendemain j’allais beaucoup mieux. »

D’après les récits, la manière dont une nuit obscure de l’âme se termine est souvent la même. On vit dans sa chair ce qui est souvent relaté dans les enseignements spirituels, ou les récits d’éveil : lorsque nous lâchons prise, nous nous rendons compte de l’impermanence des pensées et des émotions. Eckart Tolle explique: « (les personnes) s’éveillent à quelque chose de plus profond qui n’est plus basé sur des concepts dans leur tête : un sentiment plus profond de but ou de connexion avec une vie plus grande qui ne dépend plus des explications, ni de rien de conceptuel. »

Alors que des peurs profondes s’évanouissent et que les jeux du mental s’apaisent, on éprouve une énorme gratitude, un sentiment de libération très puissant.

Par la suite, même si des pans entiers de croyances sont tombés, l’apprentissage n’est pas terminé. Mais notre regard sur les jeux de l’égo a changé, et les leçons de vie semblent plus directes, plus rapides à intégrer. On se laisse moins happer par les vagues. Un espace de sérénité s’est ouvert et l’on peut continuer de le nourrir en soi.

Source : INREES