Émotions, états d’âme et identification

with Pas de commentaire

Les états d’âme

Les états d’âme, mélange d’émotions et de pensées, n’appartiennent à « personne ».

Tristesse, joie de vivre, spleen, sérénité, vague à l’âme, impression floue de mal-être…

États d’âme et personne sont une seule et même « réalité », ils sont le processus même de recherche, recherche d’un état d’unité, de bonheur qui n’est pas ressenti et qui semble avoir été perdu.

Ils font appel à la mémoire, résurgence de pensées sur le passé ou anticipation sur le futur…

Et si l’on y regarde de plus près : qu’est-ce que la mémoire, si ce n’est une somme de pensées qui émergent dans l’instant ?

Et que sont passé et futur, si ce n’est une somme de pensées qui émergent dans l’instant ? Avez-vous déjà réellement vécu le « passé » ? De la croyance en un « temps » émergent peur et désir : « je désire que tel événement se produise » revient à dire « je crains qu’il ne se produise pas ». Ils ne sont que concepts mentaux, illusions n’ayant aucune connexion entre eux et le fait d’y croire donne l’image d’un faux-semblant de continuité.

Le passé et le futur n’existent pas… seul l’instant présent, sans temps, Est.

De cette vision, la relation de cause à effet n’est pas. Ainsi, les émotions sont une sensation corporelle qui ne provient et ne dépend jamais d’une situation vécue ni même de quelqu’un ou d’un objet extérieur.

Lorsqu’une émotion est ressentie, l’accueillir entièrement, et même l’accueillir est trop puisqu’elle est déjà là lorsqu’elle est conscientisée. Alors simplement la laisser se déployer totalement, se laisser fondre en elle jusqu’à ce que le « je » s’efface. C’est ainsi, la voir pour ce qu’elle est, une sensation corporelle fine qui apparaît en ce que nous sommes, Présence témoin neutre. Et puis en voir sa source, ce sentiment erroné d’être un individu séparé du reste du monde. Ce que nous sommes n’est pas objectivable, et c’est la Beauté même.

De cette compréhension fondamentale, au-delà du mental, jaillit Compassion, Humilité et Amour. Ils ne sont pas acquis au prix d’un effort personnel. Véritable élan de Vie, ils se révèlent naturellement lorsque le voile personnel n’est plus.

Marion


Sortir du piège des émotions

Voir que nous sommes identifiés à nos émotions est essentiel, mais souvent insuffisant pour s’en libérer. Certaines requièrent un processus d’investigation plus important. Claudette Vidal présente dans cette vidéo un petit exercice très intéressant. Voir la vidéo


Lorsque le non-accueil émotionnel pousse à la violence …

Ce témoignage, extrait d’un dialogue avec l’un de mes patients, vous invite à observer les ravages provoqués par le « non-accueil émotionnel ». Je souhaite remercier mon patient de me permettre de partager avec vous un bout de son histoire de vie. Puisse-t-il vous aider à accueillir toute émotion, aussi insoutenable soit-elle… pour votre propre bien-être et réciproquement pour le bien-être de l’humanité … Pensées lumineuses, Nassrine Reza

« Il a déjà consulté bon nombre de psychologues et de thérapeutes, mais rien ne change. Je ne sais pas si c’est une bonne idée que vous soyez seule avec lui. Il a de la peine à se gérer et je ne voudrais pas qu’il vous arrive quelque chose », me dit le frère de mon patient qui attendait à l’extérieur.

« Je vous remercie de votre attention, mais faites-le entrer et laissez-nous seuls s’il vous plaît », lui répondis-je calmement. Un homme d’une stature imposante franchit la porte et s’assit sur la chaise sans dire un mot. Je l’observai un instant, puis lui tendis un verre d’eau.

« J’ai tué trois personnes », me dit-il promptement en rompant le silence. Son regard était plongé dans des souvenirs déchirants et sa mâchoire se crispa davantage. « Je ne pouvais plus me contrôler. La haine, la soif de vengeance, c’est tout ce qui comptait pour moi. Ils ont tué ma femme et mon enfant, sans raisons. Ils ont ri en me regardant pleurer. Et je suis devenu leur esclave. », poursuivit-il, le visage dénué de toute émotion.

Mon patient fixa ses yeux bleus sur moi dans l’attente d’un sévère jugement. Au bout de quelques secondes, il marmonna : « Je vous en supplie, dites quelque chose ». « Je ne suis pas là pour vous juger, mais pour vous aider à retrouver votre amour-propre », rétorquai-je. « Mais je suis un meurtrier ! Je ne vaux pas plus que ces salauds ! », hurla-t-il soudainement. Une incroyable colère jaillit. Il me défia du regard : « Tous les thérapeutes que j’ai vu avaient peur de moi ! Pourquoi ne me craignez-vous pas ? », s’exclama-t-il. Il se leva d’un bond et à cet instant son frère fit irruption dans la salle.

« Laissez-nous s’il vous plaît ! », lui ordonnai-je. « Mais ne voyez-vous pas qu’il est perdu ? Personne ne peut l’aider à se contrôler ! Le frère que j’ai connu est mort depuis longtemps ! ». Il lui tint fermement le bras pour essayer de le calmer. « En effet, personne ne peut l’aider, parce que lui seul a ce pouvoir. », continuai-je. « Arrête de tout massacrer autour de toi ! », lui lança son frère en sortant.

« Qu’essayez-vous de massacrer ? », demandai-je à mon patient. Le corps tremblant, il dit : « Je ne sais pas ». « Qu’essayez-vous de massacrer ? », répétai-je en haussant le ton. « Foutez-moi la paix ! », aboya-t-il d’une voix menaçante. Je m’avançai vers lui. « Contre quoi faites-vous la guerre quotidiennement ? Qu’essayez-vous d’étouffer inlassablement ? Les personnes qui ont tué votre femme et votre fils sont mortes, alors qu’essayez-vous de combattre avec acharnement ? », insistai-je.

« Vous me faites mal », répondit-il en baissant les yeux. « Vos émotions souffrent parce que vous luttez férocement contre elles. Cette colère et cette haine ne pourront jamais se dissiper, si vous ne leur donnez pas le droit d’exister. » « Si je fais cela, je risque de vous blesser ! », poursuivit-il, les poings serrés. Je m’avançai davantage et lui posai délicatement ma main sur son visage, marqué par une insoutenable souffrance. « Si vous reconnaissez pleinement cette haine, si vous l’accueillez sans jugements, alors vous allez enfin pouvoir guérir. Plus vous luttez contre, plus elle fait des ravages », ajoutai-je avec compassion.

En quelques secondes, il réussit à remplacer cette lutte atroce contre la haine par une énergie d’accueil et de bienveillance à son égard. Il pleura toutes les larmes de son corps. « Jamais je ne pourrai me pardonner », sanglota-t-il. « Vous avez suffisamment souffert. Ne vous punissez pas davantage. Vous avez essayé de protéger votre femme et votre enfant. Vous avez été courageux », lui dis-je. « Nassrine, je ne voulais pas tuer ces personnes ! ». « Je sais. En tuant ces personnes, vous pensiez pouvoir tuer la colère. Mais maintenant cette violence n’a plus lieu d’être, parce que vous avez fait la paix avec la haine ».

Pendant un an, mon patient a appris à accueillir ses émotions. Il comprit que l’unique chose qu’il avait toujours souhaité anéantir, n’était ni ses souvenirs, ni ces personnes qui lui ont ôté sa famille. Au contraire, tout ce qui l’avait poussé à agir de la sorte n’était qu’une immense colère non-accueillie qui grondait au cœur de son être…

Aujourd’hui, il a fondé une nouvelle famille et il est retourné vivre à Sarajevo.

Nassrine Reza


À qui surviennent les émotions s’il n’y a plus d’identification à la personne ?

Question à Caroline Blanco :

Beaucoup d’émotions, (si ce n’est toutes ?!) sont générés par la croyance d’être quelqu’un d’individuel, d’être une personne séparée. Pourtant après avoir échanger avec toi, il semblerait que les émotions soient toujours là après l’éveil. Mais, si le personnage n’est plus là, alors pourquoi les émotions continuent d’arriver ? Pour quelles raisons les émotions arriveraient-elles s’il n’y avait personne pour qu’elles naissent ? Je suis toujours confuse… Merci pour ton aide. L.

Réponse : Bonjour L, il est d’abord essentiel de voir la confusion qui existe quant à cette histoire de personnage qui disparaît quand il y a éveil… C’est faux ! Ce personnage ne peut pas disparaître puisque l’éveil est la réalisation que ce personnage n’a simplement jamais existé ! Quelque chose qui n’existe pas et n’a jamais existé ne peut pas disparaître !

La seule chose qui disparaît c’est l’idée que quelqu’un ait existé un jour.

Ce qui signifie que même si dans ton expérience, il y a encore l’idée d’être une personne, ce n’est, en fait, pas le cas. Il n’y a rien de tel et donc rien qui puisse disparaître.

Les émotions n’ont besoin de personne pour émerger. Le soleil a-t-il besoin de quelqu’un pour éclairer et réchauffer ?

Que quelqu’un croit être là ou pas ne change rien. Les choses jaillissent spontanément et l’idée qu’il y ait besoin de quelqu’un pour qu’elles puissent naître n’est qu’une vision déformée de la réalité.

Cette vision déformée est une sorte de contraction de la vision claire, c’est ce qui arrive lorsqu’elle passe par le filtre de l’idée d’être une personne. Dans ce cas de figure, lorsque la vision se fait à partir de l’idée d’être une personne, les émotions sont souffrantes parce qu’elles sont énergétiquement retenues par cette idée. Il y a un mouvement qui s’approprie les émotions et les retiens, les mémorise. Il les mets en œuvre dans une histoire, les utilise pour rendre l’histoire plus vraie, pour la justifier. Il peut aussi se servir des émotions pour protéger l’idée même de la personne. Et des tas d’autres choses.

Bref, tant que l’idée d’être une personne est là, les émotions sont souffrantes parce qu’elles « se collent » à cette idée. C’est un mouvement énergétique qui fait que cette idée elle-même se met à attirer comme un aimant tout ce qui apparaît (les émotions, les idées, les pensées, les expériences, les actions, les sensations,…), et plus il y a d’éléments collés à cette idée, plus elle grossi, plus elle se renforce.

Quand la vérité apparaît et qu’il est reconnu que personne n’a jamais existé, les émotions sont comme des nuages qui passent dans le ciel, elles ne font que passer. Il n’y a rien pour les retenir, pour en raconter une histoire ou les justifier. Elles traversent simplement, sans laisser aucune trace.

Caroline Blanco